De l’autre côté

20 octobre 2009

Deux semaines plus tard, Greene me bombarde directeur des opérations liées à la planification stratégique, un poste qui comprend également la direction de la Business Unit semences oléagineuses et l’encadrement d’une bonne centaine de personnes au siège dont trois chefs de départements et dix chefs de services. Un temps j’ai cru que le poste de Hove allait me revenir, mais cela aurait impliqué un détachement définitif en Europe, ce qui n’aurait pas arrangé mes affaires. Nous sommes le 14 juin. Aujourd’hui se tient un comité de direction élargi aux principaux actionnaires et administrateurs, ainsi qu’à quelques cadres comme Andy, pour une présentation générale du projet Coup Double, présentation à l’issue de laquelle j’exposerai la stratégie de pénétration associée. Il est neuf heures moins vingt. Je sors de mon bureau, tourne à gauche vers l’ascenseur, regarde défiler les numéros sur les portes des bureaux. 217, 215. Je tourne à droite et retrouve l’allée principale. 233 sur ma droite, 231 sur ma gauche. La tête dans mes pensées, je marche d’un pas nerveux qui semble déclencher le grésillement d’un néon. 241 sur ma gauche, 240 sur ma droite. Un bruit de fond à présent, plus sourd, et dont l’intensité croît à mesure que je me rapproche du hall. J’entre dans l’ascenseur, appuie sur le bouton, je m’observe un instant dans le miroir, à peine le temps de sentir le sol qui, imperceptiblement se dérobe sous mes pieds. Je porte un costume gris anthracite réalisé sur-mesure par un tailleur de Clayton, cravate et chemise noire, ainsi qu’un attaché-case en cuir de même couleur, réalisé lui aussi sur-mesure d’après mes spécifications. Je sors de l’ascenseur, esquisse un bref salut à une connaissance et traverse le hall jusqu’au comptoir qui fait face à l’entrée pour m’assurer qu’une autorisation de visite a bien été délivrée pour Daisy aujourd’hui. Je conviens avec la secrétaire qu’un agent d’accueil l’accompagnera jusqu’à mon bureau dans le cas où je ne pourrai pas me libérer pour l’accueillir moi-même Une fois cette formalité accomplie, je reprends l’ascenseur jusqu’au dernier étage. Ce matin, mon rêve s’est déroulé de l’autre coté du fleuve. La nuit s’achevait, dissipant le brouillard qui parcourait encore les eaux nocturnes. Charon a manœuvré pour approcher le bateau suffisamment près du rivage pour que je puisse sauter dans l’eau sans crainte de m’enliser, puis il s’est éloigné aussitôt, comme s’il avait pressenti un danger. Virgile m’a adressé un signe d’adieu auquel j’ai répondu, puis je suis entré dans la plaine, découvrant un endroit façonné par la main de l’homme pour le rendre lisse, sans recoin ni aspérité. Probablement d’anciens vallons boisés qu’on a taillés en pièce, où ne subsistent encore que d’anciennes souches et l’herbe folle qui tente de reprendre ses droits. Quelques mares aussi, vestiges d’étangs trop vite comblés où viennent encore s’abreuver des oiseaux, avec au centre de ce paysage désolé, des murs gris qui semblent sortis de terre comme par enchantement. Une forteresse que je m’en vais prendre d’assaut.

(Au bord du fleuve, extrait)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.